09 avril 2008
Histoire d'un soir
Je lace mes chaussures soigneusement. En tout cas j'en fais la tentative, car aussi improbable que cela puisse paraitre, les nombreuses années d'entrainement à lacer sans me lasser produisent encore des laçages assez approximatifs, parfois trop serrés, parfois pas assez. De toute façon, je ne sais pas positionner correctement la languette, et j'ignore jusqu'à la technique idéale de l'enfilage de chaussette. Enfin, mes pauvres pieds en ont vu d'autres, et ce n'est pas ce soir qu'ils viendront se plaindre : je ne sors pas très longtemps.
A peine dehors, l'air froid m'assaillit de bourrasques désagréables, comme si le vent voulait jouer avec moi. Mais je suis imperturbable, j'ai un objectif à remplir, et j'irai jusqu'au bout. Soudain, sans prévenir, la neige qui m'a sans doute entendu penser, se met à choir en flocons fondants.

J'entame ma course doucement, longeant le périphérique parisien qui ronronne à quelques mètres de chez moi. Les illuminations artificielles de la nuit sont agressives, à tel point qu'on distingue à peine la lune (surtout que dès que je lève la tête, des dizaines de flocons kamikazes se jettent dans mes yeux). Spots braqués, phares dévisageurs, lignées de lampadaires qui, telle une procession de pèlerins en marche, éclairent la route ; les flux de lumières brutalisent plus qu'ils n'aident.
Mon souffle produit de la vapeur, à croire que je suis devenu une de ces machines fulminantes qui passent en brouhaha incessant. J'essaie vainement de produire des ronds de vapeur pour oublier l'air qui me glace. Mais qu'importe, j'arrive déjà au terme de ma course.
La Porte est là, et devant elle se trouve un gardien tout de noir vêtu. Il ne prononce pas un mot, et ne fait qu'esquisser un geste de dénégation de la tête. Le signe, aussi minimaliste qu'une interface de Google Exalead, est très clair : Je ne peux passer, la Porte est close, le gardien la garde. J'échange un regard emprunt de déception avec cet homme en noir qui hausse les épaules, presque malgré lui.
J'ai donc échoué dans ma mission de ce soir. Enfin pas totalement, il s'agissait d'une expérimentation. Je prends note intérieurement qu'en partant de chez moi à 21h52, il est peu probable de trouver le supermarché ouvert en y arrivant (le record est 21h48). Ce soir, le frigo est tristement vide, et je vais devoir me rabattre sur une tournée de pâtes. Peut-être que ça m'aidera à courir plus vite demain soir.
Commentaires
Ca me fait penser a la parabole de la loi, de Kafka... étrange.
Te plains pas, en banlieue ça ferme à 21h, et quand tu sors du boulot à 19h30, que t'as 1h15 de trajet pour rentrer maaiiiiison... bah ça fait beaucoup de pates, tout ça :D
@ D.ambulante : c'est toi, étrange ;)
@ Zoopy : Je ne me plains pas, j'aime assez ce rush de soirée (et encore, je ne l'ai pas évoqué, mais quand je réussis à rentrer dans le magasin, je suis poursuivi par des hordes de vigiles qui me demandent d'aller à la caisse s'il vous plaît monsieur).
Laçage...;
Toute une technique en effet,qui peut se résumer à serrer mais...pas trop. Trop serré c'est une douleur tendineuse. A proscrire le dernier oeillet des chaussures !!! Le double noeud obligatoire en compét. Pour les chaussettes, des D4 de base en "tournant" le bout avant de chausser pour éviter tout frottement des coutures... Je le disais : "Toute une technique !"
Effectivement, c'est plus compliqué qu'il n'y parait. Pour les chaussettes, il y a toujours la technique de les mettre à l'envers lors d'un entrainement pour aplatir les coutures, et que ça soit tip top pour la compèt.
Il faudra que je teste ces "D4".
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